Plaquette en bronze d’après une gravure d’Albrecht Dürer : La Crucifixion, Allemagne du Sud ou Italie, XVI° siècle

Mis en ligne par le 30 avril 2016

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Plaquette en bronze figurant la scène de la Crucifixion : le Christ, vivant, semble s’adresser à sa mère, la Vierge Marie, à Saint Jean Baptiste et à Sainte Marie Madeleine qui se situent à sa droite. A sa gauche, on distingue plusieurs soldats romains armés de hallebardes. Parmi eux, au premier plan, Longin porte la lance et un sabre. Tous ces personnages sont vêtus à la manière de la Renaissance.

Il est intéressant de comparer cette plaquette à une gravure portant le monogramme d’Albrecht Dürer, dont un bel exemplaire est conservé au Musée de Brooklyn aux Etats-Unis. Elle a indéniablement été créée d’après l’oeuvre du maître allemand.
Cette gravure s’inscrit dans la série des 36 gravures sur bois dites de la Petite Passion réalisées en 1511 à la suite de la série de 12 gravures dite de la Grande Passion exécutée entre 1510 et 1511.

Albrecht Dürer, La Crucifixion, 1511, Brooklyn Museum.

Albrecht Dürer, La Crucifixion, 1511, Brooklyn Museum.

Les gravures de Dürer ont eu une influence considérable sur la production artistique européenne non seulement au XVI° siècle mais aussi plus tard au XVII° siècle, pendant cette période que les anglo-saxons définissent par le terme de « Dürer revival ».
Le travail de ce graveur a connu un immense succès de son vivant non seulement en Allemagne mais aussi en Italie, en particulier à Venise, où la renommée de ses estampes précéda sa venue au cours de voyages effectués en 1495/1496 puis en 1506. Mais, c’est à partir de ce second séjour vénitien que ses gravures sur bois et sur cuivre se diffusèrent largement à travers la péninsule et furent adaptées aux arts décoratifs.

Par exemple, dès les années 1505/1510, à Faenza, des majoliques italiennes furent créées, illustrées de scènes directement inspirées des gravures du maître allemand. On pourra se référer aux travaux du Dr Dorah Thornton conservateur au British Museum, The Use of Dürer prints as sources for Italian Renaissance Maiolica.

On sait notamment que le graveur bolognais Marcantonio Raimondi (1480 -1534 ?), qui reprenait en gravure les oeuvres de Raphael, voyagea à Venise pour acheter autant de gravures de Dürer que possible dans le seul but de les copier.

On connaît une version de notre Crucifixion réalisée par Marcantonio Raimondi, d’après Dürer, entre 1511 et 1534. Parmi les trois états réalisés de cette gravure italienne, un exemplaire du troisième état est conservé au Metropolitan Museum of Arts de New York.

La Crucifixion, Marcantonio Raimondi (circa 1510/1534), Metropolitan Museum of Arts, New York

La Crucifixion, 3° état, Marcantonio Raimondi (circa 1511/1534), Metropolitan Museum of Arts, New York

Par ailleurs, une plaquette en bronze doré conservée à l’Ashmolean Museum de l’Université d’Oxford représente le Christ lavant les pieds de ses disciples, d’après une gravure de la Petite Passion de Dürer. Celle-ci est considérée comme ayant probablement été réalisée à Padoue, dans l’atelier de Riccio, au début du XVI° siècle.

Il est difficile de dire si celle figurant la Crucifixion est une production germanique ou italienne, de même que de déterminer si sa fabrication date du XVI° ou du XVII° siècle. Il semble qu’elle n’ait pas été répertoriée jusqu’à présent et elle n’apparaît pas dans l’ouvrage de référence d’Ingrid Weber, Deutsche, Niederländische und Französische Renaissance-plaketten publié à Munich en 1975.
Dans la mesure où la spécialiste a réalisé un recensement quasi exhaustif des plaquettes germaniques de la Renaissance et que cette dernière n’est répertoriée dans aucune des grandes collections du Nord de l’Europe, et compte tenu des observations précédentes, une origine italienne ne doit pas être exclue.
D’autre part cette oeuvre a été acquise sur le marché de l’art italien.

Dimensions:
Hauteur: 147,5 mm
Largeur : 118,5 mm
Epaisseur : 2,5 mm

L’hypothèse retenue la plus vraisemblable serait une production italienne, et plus précisément padouane, pendant la première moitié du XVI° siècle.

Remarques :

Provenance : Marché de l’art italien, 2016