Mortier d’apothicaire lyonnais en bronze à huit faces et double registre de pastillages religieux et de dauphins, France, début du XVII° siècle

Mis en ligne par le 15 octobre 2012

Grand mortier d’apothicaire en bronze à panse tronconique assise sur une petite base légèrement débordante et surmontée d’un col muni de trois filets.
Ce mortier, bien que présentant des traces d’usage avec quelques déformations du col et de la panse, est d’une remarquable finesse d’exécution.
Son ornementation a n’a pas subi d’usures qui en gêneraient la lisibilité.

La panse de ce mortier est scandée de huit contreforts tricuspides godronnés droits (B891) qui séparent autant de faces. Chaque face est ornée d’un grand motif à sa partie supérieure et d’un petit motif en position inférieure.

Les motifs des registres supérieur et inférieur sont dans le sens de rotation horaire du mortier:
– Saint Sébastien supplicié (B139-M1603&MSR) et Sainte Barbe (B166-M1603&MSR)
– Sainte Marthe et la Tarasque (B178-M1603&TC) et un dauphin (B499-M1603,MSR-TC)
– Saint Michel terrassant le Dragon (B139-M1603&MSR) et Sainte Barbe (B166-M1603&MSR)
– Sainte Marthe et la Tarasque (motif identique répété) et un dauphin
– La Vierge aux Lys portant l’Enfant Jesus dans un médaillon circulaire (B10-MSR) et un dauphin
– Sainte Marie-Madeleine portée par les Anges (B175-M1603,MSR&TC) et un dauphin
– Sainte Marthe et la Tarasque (motif identique répété) et Sainte Barbe
– La Vierge aux Lys portant l’Enfant Jesus dans un médaillon ovale (B11-MSR&TC) et un dauphin

Technique de la fonte au sable
Diamètre à la gueule: 150 mm
Diamètre à la base: 96 mm
Hauteur: 103 mm

Ce travail Lyonnais peut être attribué du Maître de 1603 (peut-être du Maître du seau Ramousse, voire dans une moindre mesure de Toine Cavet) au début du XVII° siècle.

Remarques:

Provenance: Galerie Gérardin à Lyon

Il n’est pas évident d’attribuer précisément la paternité de ce mortier car l’iconographie utilisée ici puise dans le répertoire des trois fondeurs cités précédemment et chacun d’entre-eux a su produire des pièces de qualité superbe.
Le fait de trouver une très grande variété de décors (avec 8 pastillages différents) est cependant plutôt en faveur d’une attribution au Maître de 1603. L’origine lyonnaise de ce mortier est incontestable.
Enfin, une telle pièce démontre bien le lien qui existait entre nos trois grands fondeurs lyonnais qui ont probablement, à un moment donné, partagé le même atelier.

On peut argumenter que la série de  pastillages utilisée ici pourrait plaider en faveur d’une attribution au Maître du seau Ramousse car deux motifs semblent hors du répertoire du Maître de 1603 et 5 motifs semblent hors du répertoire de Toine Cavet.
De plus, on ne retrouve pas sur ce mortier (du fait de l’exiguïté des faces), de grands motifs issus de plaquettes de la renaissance italienne qui étaient emblématiques des mortiers du maître de 1603.
Notons ensuite que le motif figurant Sainte Marthe pourrait mettre en doute cette hypothèse (ne figurant pas au registre habituel du Maître du seau Ramousse).

Toutefois la découverte d’un Mortier en bronze à 14 pastillages profanes et religieux répartis sur deux registres, Maître de 1603, début du XVII° siècle, fabriqué exactement selon le même gabarit et dont le col est décoré de façon identique plaide fortement en faveur d’une attribution au Maître de 1603.

Mortier-Maitre1603-17

La prépondérance de pastillages puisant dans le répertoire des médailles religieuses suggère que ce mortier ait pu appartenir à l’apothicairerie d’une communauté religieuse.

Ce mortier peut être rapproché de quelques exemplaires connus dont un exemplaire conservé au Musée National de la Renaissance à Ecouen représenté ci-dessous.
Ce dernier exemplaire qui est très probablement une copie du XIX° siècle présente une succession de pastillages quasi-similaire ainsi qu’un col lui aussi marqué de simples filets (ce qui est rare pour les mortiers lyonnais à ornementation riche)